L’art moderne a ses grands noms, mais ils ne racontent pas toute l’histoire. Le musée de Montmartre remet Adya et Otto van Rees à l’honneur, deux artistes éclipsés qui ont pourtant marqué leurs arts et leur époque.
À Montmartre, l’art moderne ne se limite pas au ténors du passé. Il passe aussi par deux profils face à face, deux artistes venus des Pays-Bas, puis par une vie entière passée à déplacer les formes. Avec l’exposition Adya et Otto van Ree. Au cœur des avant-gardes, le musée de Montmartre remet en lumière un couple d’artistes lié au Bateau-Lavoir, au cubisme, à Dada et à l’abstraction. L’exposition se tient du 20 mars au 13 septembre 2026, dans ce quartier où leur trajectoire parisienne commence dès 1904.
Sommaire
L’exposition Adya et Otto van Rees : deux trajectoires dans le mouvement des avant-gardes



Otto van Rees et Adya van Rees-Dutilh arrivent à Montmartre au début du XXe siècle. Leur installation au Bateau-Lavoir date de 1904, après que Picasso a orienté Otto vers un atelier disponible. Adya le rejoint ensuite à Paris et le retrouve dans ce lieu, qui concentre alors une part décisive de l’effervescence artistique européenne. Le Bateau-Lavoir, une cité d’artistes de Montmartre, forme un laboratoire vivant. Des peintres, écrivains et créateurs y croisent leurs recherches dans des conditions souvent précaires. Les Van Rees y fréquentent notamment Georges Braque, Kees van Dongen, Piet Mondrian et Pablo Picasso. Leurs œuvres se construisent dans ce voisinage prestigieux.

L’exposition suit une logique chronologique et ne se limite pas à deux biographies côte à côte. Ainsi, elle raconte une circulation entre Paris, les Pays-Bas, la Suisse et l’Italie. Les années passées à Fleury-en-Bière, les séjours italiens, les liens avec Zurich, puis le retour vers Paris et Montparnasse donnent à l’exposition un rythme de voyage artistique. Le récit avance par déplacements, rencontres et ruptures plastiques. Les grands mouvements restent présents, mais vus depuis deux artistes moins installés dans le récit dominant. Ce qui permet d’ouvrir une porte latérale dans l’histoire des avant-gardes.
Du cubisme à Dada, un parcours qui suit les formes en mouvement
L’exposition réunit environ une centaine d’œuvres issues de collections publiques et privées françaises, suisses et néerlandaises. Le parcours rassemble peintures, arts graphiques, broderies, sculptures, projets d’arts décoratifs et créations familiales. Le début du parcours passe par le divisionnisme. Ce langage pictural repose sur une séparation visible des touches et des couleurs. Chez les Van Rees, il accompagne les paysages et les scènes de leurs premières années. Le parcours passe ensuite par le cloisonnisme, qu’Adya qualifie de « peinture plate ». La perspective s’y réduit, les détails s’effacent, les contours deviennent plus francs.



Le cubisme marque une autre bascule. Le mouvement fragmente les formes et pousse les artistes vers une construction plus abstraite. Chez Otto et Adya, cette recherche ne reste pas seulement formelle. Elle prend aussi une dimension spirituelle, avec l’idée d’un monde au-delà du visible. L’exposition peut ainsi parler aux visiteurs qui veulent comprendre comment une image figurative glisse vers la structure, puis vers l’abstraction.



La partie liée à Dada donne au parcours une tension plus politique. Dada naît à Zurich pendant la Première Guerre mondiale. Le mouvement rejette les catégories artistiques traditionnelles, attaque le langage et refuse les valeurs bourgeoises. Otto et Adya participent aux réseaux zurichois et leurs collages, leurs broderies et leurs recherches abstraites s’inscrivent dans ce moment de rupture. Le parcours mène ensuite vers Cercle et Carré. Ce groupe, fondé à Paris autour de l’abstraction géométrique, défend la structure et la construction face au surréalisme. Otto et Adya figurent parmi les artistes présents dans la seule exposition officielle du mouvement, organisée en avril 1930. Le titre du groupe résume presque une méthode : ramener l’art à des formes simples, mais chargées d’une ambition universelle.
Exposition Adya van Rees, la broderie et l’abstraction contre les hiérarchies anciennes
L’exposition porte sur un couple, mais la place d’Adya van Rees-Dutilh demande une attention particulière. Sa production reste plus difficile à retracer, en partie à cause d’un regard historique longtemps biaisé par les rapports de liés au sexe. Aux Pays-Bas, elle est reconnue comme l’une des premières artistes à pratiquer l’abstraction et pour son rôle dans les débuts du dadaïsme. La broderie devient alors un élément central. Adya ne l’aborde pas comme un simple travail domestique. Elle en fait un terrain d’expérimentation. Le textile, longtemps classé parmi les « arts mineurs », permet ici de déplacer les frontières entre peinture, décor, geste manuel et abstraction. Une broderie d’Adya présentée au Salon des indépendants de 1914 est même vandalisée au couteau.


Cette violence dit beaucoup du trouble provoqué par son travail. Elle dit aussi pourquoi cette exposition peut dépasser la simple redécouverte patrimoniale. Elle invite à regarder autrement la place des femmes dans l’art moderne. Adya n’est pas seulement représentée par Otto. Elle peint, dessine, brode, compose et travaille ses propres formes.

Le parcours ne doit pourtant pas effacer Otto. Son œuvre accompagne plusieurs passages importants, du Bateau-Lavoir aux recherches murales abstraites de Zurich. En 1916, il réalise deux peintures murales abstraites pour l’école Pestalozzi. Elles sont présentées comme les premières compositions monumentales abstraites dans un espace public en Suisse. Le dialogue entre les deux artistes reste donc le fil rouge. Il relie la famille, les lieux de vie, les rencontres et les formes. L’exposition construit son intérêt dans cet entrelacement : deux pratiques différentes, mais une même volonté d’utiliser l’art comme outil de transformation intérieure, sociale et plastique.
Informations pratiques Exposition Adya et Otto van Ree :
Exposition Adya et Otto van Ree. Au cœur des avant-gardes
Lieu : Musée de Montmartre, 12 rue Cortot, 75018 Paris
Dates : du 20 mars au 13 septembre 2026
Horaires : tous les jours de 10h à 19h, de mars à septembre
Tarif plein : 16 euros
Tarifs réduits : de 9 à 13 euros
Gratuité : moins de 10 ans
Source : Musée Montmartre