Vous connaissez la Grande Galerie de l’Évolution pour sa caravane d’animaux naturalisés. Artistes au Muséum lui répond avec une seconde caravane, sculptée par François Pompon, et sort des réserves ce que peintres et savants y ont laissé depuis quatre siècles.
Il aura fallu attendre les 400 ans du Muséum pour que 300 œuvres racontent enfin une histoire que personne n’avait rassemblée. Depuis l’édit royal du 6 janvier 1626, les artistes n’ont jamais cessé de pousser la porte du Jardin des Plantes. Ils venaient y voir ce qu’aucun autre endroit de Paris ne montrait. Un lion vivant, un corail, une orchidée rapportée d’Asie. Les savants, eux, avaient besoin de leurs mains pour décrire les espèces qu’ils découvraient. L’exposition Artistes au Muséum réunit plus de 120 peintres, sculpteurs, dessinateurs et photographes dans la Grande Galerie de l’Évolution. Quatre siècles de fréquentation assidue, et quelques amitiés que vous n’imaginiez pas.
Sommaire
Artistes au Muséum : quatre siècles au coude à coude
Au XIXe siècle, la Ménagerie du Jardin des Plantes permettait d’observer des animaux sauvages vivants. Et morts. Chaque décès ouvrait la possibilité d’explorer l’anatomie d’une espèce par la dissection, et les séances restaient alors ouvertes au public. Eugène Delacroix et Antoine-Louis Barye s’y rendaient ensemble dès qu’un lion mourait. Le peintre et le sculpteur venaient se familiariser avec la morphologie féline, de très près. Barye poussait le soin jusqu’à mesurer très précisément les animaux qui lui servaient de modèles. Cette méthode prendra plus tard le nom de morphométrie.
Gustave Moreau, lui, cherchait sous l’eau. Fasciné par la mythologie, il installe sa nymphe Galatée dans une grotte peuplée d’organismes marins. La scène est imaginaire, la faune ne l’est pas. Moreau a fréquenté la bibliothèque du Muséum et observé les coraux naturalisés des collections pour la composer. Le tableau arrive du musée d’Orsay.


Une scène naturalisée accueille le visiteur dès l’entrée, signée Jules Terrier et Louis Quantin. Le Douanier Rousseau s’en est inspiré pour son célèbre « Le lion, ayant faim, se jette sur l’antilope ». Le peintre n’avait pourtant pratiquement jamais quitté Paris.
Les voyageurs
D’autres artistes ont carrément embarqué. Depuis le XVIIe siècle, les expéditions du Muséum emmenaient des dessinateurs. Ils documentaient les territoires explorés, les espèces découvertes et la vie quotidienne des missions. Charles-Alexandre Lesueur et Nicolas-Martin Petit étaient aides-canonniers avant de devenir les dessinateurs de l’expédition Baudin vers l’Australie. Édouard Mérite, futur maître de dessin, a suivi la faune arctique lors d’expéditions dans le Grand Nord. Le programme La Planète Revisitée, lancé en 2005, invite toujours photographes et dessinateurs à accompagner les missions d’exploration.


Restent les professeurs. Pierre-Joseph Redouté, surnommé le Raphaël des fleurs, obtient le poste de maître de dessin en botanique en 1823. Il avait été auparavant le dessinateur du cabinet de Marie-Antoinette. Gérard van Spaendonck et Emmanuel Fremiet enseignent eux aussi entre ces murs. Leurs élèves s’appellent Auguste Rodin, Henri Matisse et Marie Laurencin. Le jour de sa mort, Redouté aurait encore esquissé une fleur cueillie la veille au Muséum.
La fabrique de l’image scientifique
Tout commence avec le frère de Louis XIII et un peintre en miniature. Au XVIIe siècle, Gaston d’Orléans demande à Nicolas Robert de peindre la flore et les oiseaux de son domaine de Blois. Ce sera sur vélin, un parchemin très fin tiré d’une peau de veau. Robert en produira près de 700. Les vélins passent à Louis XIV, qui charge les savants du Jardin du roi de poursuivre l’ouvrage. À la création du Muséum en 1793, la collection rejoint l’institution et ses dessinateurs continuent de l’enrichir. Elle compte aujourd’hui 7000 planches et n’a aucun équivalent au monde. Une femme y a laissé 313 vélins. Madeleine Françoise Basseporte reste la seule à avoir occupé le poste convoité de « Peintre du roi ». Élève de Claude Aubriet pendant une décennie, elle le remplace à sa mort. Elle collabore ensuite avec les plus grands botanistes de son temps.


Ces planches supportent mal la lumière. L’exposition en présente donc plusieurs dizaines en rotation au fil des six mois, pour les préserver. Le Muséum a par ailleurs commandé trois nouveaux vélins à trois de ses dessinateurs. Créés en 2026, ils montrent une reconstitution paléontologique, une nouvelle espèce de plante et un micro-organisme. Ils rejoindront ensuite la collection historique.
Et les outils ?
Les outils du dessinateur sont là, eux aussi. La chambre claire y est exposée, ce dispositif optique qui permettait de reproduire un modèle avec précision. La loupe et le microscope suivent. Ils font apparaître la beauté des insectes, ou un paysage céleste à l’intérieur d’un échantillon minéral. Dès les années 1840, le Muséum se dote d’un daguerréotype. C’est ici que paraît l’un des tout premiers ouvrages de zoologie illustrés par des photographies. La photographie n’a pourtant jamais remplacé le dessin : les deux apportent des informations complémentaires.

Vous pourrez aussi vérifier de vos propres yeux une trouvaille du chimiste Michel-Eugène Chevreul. Un même gris paraît orangé sur fond bleu et bleuté sur fond orange, et un dispositif de l’exposition le démontre. Ses travaux sur les couleurs ont inspiré le néo-impressionnisme.

Et quand l’observation ne suffit plus ? Un squelette se reconstitue dès que les éléments sont assez nombreux. Mais la couleur d’un œil ou l’épaisseur d’une fourrure échappent à l’examen. Les illustrateurs disposent alors d’une marge d’interprétation, et ces dessins portent le nom de vues d’artiste.
Une vraie galerie d’art
Pendant quatre siècles, le Muséum a acquis et commandé des œuvres pour ses galeries et ses jardins. La troisième partie les déploie en un grand espace de promenade. S’y ajoutent les regards d’artistes venus travailler dans les serres, les zoos et les laboratoires. Sarah Moon, Robert Doisneau, Bernard Buffet, Alberto Giacometti, Ernest Pignon-Ernest, Jörg Kreienbühl et Daria Schmitt s’y croisent. Les films de Yannick Bellon et de Chris Marker les accompagnent. Salvador Dalí, égal à lui-même, s’y est mis en scène. En 1955, il confronte son art à un rhinocéros du zoo de Vincennes. La séance de travail, filmée, tourne autour de la Dentellière de Vermeer.
Le sommet du parcours est une caravane. Une file de sculptures animalières de François Pompon répond à la caravane de la savane africaine. Vous la connaissez déjà, elle traverse la Grande Galerie. Formes pleines, lisses, épurées : Pompon gommait le détail pour ne garder que la silhouette et le mouvement. Il croquait ses modèles directement devant les animaux de la Ménagerie, sur un établi portatif accroché autour de son cou.


La taxidermie a elle aussi sa place dans cette galerie. Jules Terrier est entré au Muséum comme aide-préparateur avant ses douze ans. Il modelait le plâtre aux formes des grands animaux avant de les revêtir de leur peau finement préparée. Pour le dodo, il n’avait ni peau ni plumes à disposition. Il a donc réalisé un modèle en plâtre peint, d’après les représentations faites avant la disparition de l’oiseau.
Fin de parcours
L’exposition s’achève sur les artistes engagés pour la biodiversité. L’artiste 1011 a travaillé avec la chercheuse Line Le Gall pour représenter les laisses de mer. Ces déchets organiques, abandonnés sur la plage par la marée, se mêlent aujourd’hui de plastique et de cordages.


Le parcours déborde même sur le parvis. Trois statues animalières monumentales accueilleront les visiteurs devant la Grande Galerie de l’Évolution. Elles sont signées Henri-Alfred Jacquemart, Pierre Rouillard et Emmanuel Fremiet, et prêtées par le musée d’Orsay. Le bronze du comte de Buffon se dresse à quelques pas.
Informations pratiques
- Grande Galerie de l’Évolution, Jardin des Plantes, 36 rue Geoffroy Saint-Hilaire, 75005 Paris
- Du 23 septembre 2026 au 7 mars 2027
- Tous les jours de 10 h à 18 h, sauf les mardis, le 25 décembre et le 1er janvier
- Tarifs : 16 et 13 euros
- À partir de 7 ans, parcours bilingue français-anglais
Source : jardindesplantesdeparis.fr
Photo : DR