Dans cette forteresse de Touraine, Rembrandt se fait recouvrir de peinture et François Ier finit en tapisserie nouée de serpents.

par LeNomade
2 minutes Lire
Le Château du Rivau et ses jardins de roses, un paon au premier plan

Ovide l’écrivait déjà, tout change et rien ne meurt. Au fil de huit salles montées comme des cabinets de curiosités, les siècles se télescopent. Une héroïne médiévale se met à danser en pixels et l’histoire de l’art se laisse chahuter avec le sourire.

Le portrait de François Ier peint par Clouet, revu par une tapisserie iconoclaste de Volker Hermes : voilà comment le Château du Rivau ouvre sa traversée de l’histoire de l’art. Cette forteresse médiévale de Touraine consacre sa saison 2026 à « Métamorphoses au Rivau ». Une exposition d’art contemporain où plus de trente-cinq artistes s’emparent des maîtres anciens pour les tirer vers le présent. Rembrandt, Vermeer, Léonard de Vinci ou Jeanne d’Arc y croisent Jeff Koons, ORLAN et Pierre et Gilles. Le tout jusqu’au 1er novembre.

Huit salles comme autant de cabinets de curiosités

L’exposition, conçue par Patricia Laigneau, part d’un vers du poète antique Ovide : « Tout change, mais rien ne meurt. » Le principe est simple et joueur. Prendre l’histoire de l’art et la confier au regard malicieux d’artistes d’aujourd’hui, pour voir ce qu’il en reste et ce qui se transforme. Le parcours se déploie en huit salles, chacune pensée comme un cabinet de curiosités. Cet esprit Renaissance qui accumulait objets précieux et raretés pour stimuler l’imaginaire. Portraits, festin, dames, studiolo : chaque espace a son thème, son décor et ses surprises.

Certaines confrontations frappent d’emblée. Arnulf Rainer recouvre de peinture un portrait de Rembrandt, mêlant ses fulgurances aux icônes du maître hollandais. Corine Borgnet réinterprète le Dernier Souper d’Arcimboldo, ce festin composé d’aliments, en une nature morte d’os et de fleurs séchées. Dans la salle des Dames, la Vierge à l’Enfant en médaillon de céramique de Giovanni Della Robbia, figure de la Renaissance florentine, dialogue avec un tondo tissé par Sheila Hicks.

Le Dernier Souper d'Arcimboldo réinterprété en os et fleurs séchées par Corine Borgnet
Le festin d’Arcimboldo revu en os et fleurs séchées par Corine Borgnet.

Les femmes tiennent d’ailleurs une place forte dans cette salle. ORLAN, Pierre Ardouvin ou Sabine Pigalle y revisitent les grandes dames de la peinture italienne, composant une galerie de figures féminines à travers les siècles.

La licorne noire de Marie-Cécile Thijs, œuvre du bestiaire de l'exposition
La licorne noire de Marie-Cécile Thijs, échappée du bestiaire médiéval.

Le visiteur devient parfois acteur. Le miroir de Jean-Baptiste Caron fait apparaître, au souffle de celui qui s’en approche, une phrase-rêve qui s’efface aussitôt. Et pour ancrer le château dans le présent. La photographe Valérie Belin immortalise la famille qui l’habite aujourd’hui, en écho aux portraits des anciens seigneurs.

Jeanne d’Arc, de la pierre noire à la danse numérique

Une héroïne traverse tout le domaine : Jeanne d’Arc, venue au Rivau en 1429 chercher des chevaux avant de partir combattre. Trois salles lui rendent hommage, où des créations du XIXe siècle côtoient les relectures contemporaines.

Chaque artiste saisit une facette de la Pucelle. Pierre et Gilles la hissent au rang d’icône lumineuse. Tandis que Mathieu Dufois explore ses zones d’ombre à la pierre noire, son matériau de prédilection. L’Espagnol Eugenio Merino, lui, lui prête un tempérament explosif. Autant de regards qui disent l’évolution des mentalités autour d’une même figure.

La danseuse Jeanne Morel dont les mouvements deviennent art numérique dans les Écuries
Dans les Écuries Renaissance, la danse de Jeanne Morel convertie en art numérique.

Le point d’orgue se joue dans les Écuries Renaissance, présentées comme les plus anciennes de France. Le projet Art in Space y transforme la danse en art numérique. Ainsi, les mouvements de la danseuse Jeanne Morel, captés en temps réel, deviennent des tableaux numériques mouvants grâce à l’artiste Paul Marlier. À côté, un parcours-spectacle projette sur les murs voûtés l’épopée de Jeanne d’Arc, entre architecture historique et technologie d’aujourd’hui.

Au-delà des murs, un domaine tout entier

L’art ne s’arrête pas aux salles du château. Le Rivau compte quatre-vingts œuvres réparties entre l’intérieur et ses jardins, classés Jardin remarquable. Une vingtaine de sculptures monumentales peuplent le parc, des bottes en caoutchouc géantes de Lilian Bourgeat au Pot rouge démesuré de Jean-Pierre Raynaud, dans une ambiance de conte.

Les bottes en caoutchouc géantes de Lilian Bourgeat dans les jardins du Rivau
Les bottes XXL de Lilian Bourgeat, l’une des sculptures monumentales du parc.

Les jardins valent le détour à eux seuls. Le domaine aligne cinq cent douze variétés de roses parfumées, un record qui lui a valu le titre de Conservatoire de la Rose Parfumée. Jonquilles au printemps, iris et pivoines en mai, dahlias géants jusqu’en octobre : la floraison se renouvelle au fil des saisons.

La table du restaurant Le Jardin Secret sous la serre, au milieu des jardins du Rivau
Le Jardin Secret, table gastronomique dressée sous la serre.

Pour prolonger la visite, deux tables attendent les gourmands, dont le restaurant gastronomique Le Jardin Secret. Où le chef Antoine Lopez marie fleurs comestibles, légumes du potager et poissons de Loire. Et pour ceux qui veulent dormir sur place, le logis Renaissance abrite sept chambres, au cœur du domaine.

Informations pratiques

  • Lieu : Château et Jardins du Rivau, 9 rue du Château, 37120 Lémeré
  • Dates : jusqu’au 1er novembre 2026, ouvert tous les jours
  • Horaires : de 10h à 18h en avril, octobre et le 1er novembre ; de 10h à 19h de mai à fin septembre
  • Tarifs : 13,50 € pour les adultes, 7,50 € pour les enfants de 5 à 18 ans, gratuit pour les moins de 5 ans
  • Réservations : chateaudurivau.com ou +33 (0)2 47 95 77 47

Source : Château du Rivau

Photo : Château du Rivau

Vous aimerez aussi

Laissez un commentaire