À la maison, le temps d’écran se négocie. Poppins Clinical, lui, se prescrit, et la Sécurité sociale le rembourse

par LeNomade
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Écran titre de Poppins' Musical Adventure, créatures colorées courant dans une jungle

Une jungle verte, des créatures qui détalent, des chapeaux à s’offrir avec les pièces ramassées en chemin. Rien, dans Poppins Clinical, ne ressemble à une séance d’orthophonie. Pourtant, depuis peu, ce jeu vidéo est remboursé par la Sécurité sociale, une première et un bienfait pour les personnes dyslexiques.

Poppins Clinical demande à l’enfant de jouer, pas de réviser. C’est pourtant sa lecture qu’il travaille, et c’est un médecin qui le lui a prescrit. Depuis cette rentrée, ce jeu vidéo thérapeutique est remboursé par la Sécurité sociale, pour les enfants dyslexiques de 7 à 11 ans déjà suivis par un orthophoniste. Aucun jeu vidéo n’avait encore franchi cette porte en France. Celui-ci se télécharge sur une tablette ou un smartphone, se joue par séances de vingt minutes, et travaille une seule chose : la fluidité de lecture, principal marqueur du trouble.

Comment Poppins entre dans le quotidien de l’enfant

À l’écran, rien ne ressemble à un exercice. L’enfant lance une aventure, se choisit un avatar, l’habille dans un espace de personnalisation, récolte un score et retrouve chaque semaine une mission dédiée. La progression avance par étapes courtes, avec ce qu’il faut de récompenses pour donner envie de revenir. Derrière ces missions se cachent des exercices de rééducation, conçus avec des professionnels de santé et des professionnels du jeu vidéo. Le jeu porte d’ailleurs un nom complet, Poppins’ Musical Adventure, et le rythme y tient une vraie place. L’enfant mémorise des séquences musicales, et l’écran de résultats décompte celles qu’il a retenues. La mission de la semaine, elle, s’intitule La Gorge aux Mille Battements.

Carte d'aventure de Poppins, bateau pirate naviguant entre des îles tropicales
L’aventure se déroule d’île en île, avec un score et une bourse de pièces.

Le rythme, lui, est fixé par la prescription : cinq séances de vingt minutes par semaine, à la maison, en autonomie. Elles s’ajoutent aux deux séances mensuelles que l’enfant continue de suivre chez son orthophoniste, lequel reste le coordinateur du parcours de soin et garde la main sur la suite.

Mission hebdomadaire de Poppins, carte au trésor sur un bureau avec compas
Chaque semaine, une nouvelle destination. Ici, la huitième.

Les parents, eux, ne sont pas laissés devant une boîte noire. Une interface leur donne l’assiduité, le temps d’utilisation et la progression de l’enfant, axe par axe.

Espace de personnalisation de Poppins, catalogue de chapeaux à acheter en pièces
Boutique de bateaux de Poppins, embarcations à débloquer avec les pièces gagnées

Les pièces gagnées en jouant s’échangent contre des chapeaux et des bateaux.

La dyslexie est un trouble durable du neurodéveloppement, et Poppins ne prétend pas la faire disparaître. La société parle de rééducation, et vise cette fluidité de lecture qui décide, au fond, du rapport d’un enfant à l’école et aux livres.

Ce que Poppins Clinical a dû prouver

Un remboursement ne s’obtient pas sur une bonne intention. L’avis favorable de la Haute Autorité de Santé repose notamment sur Poppins-02, un essai contrôlé randomisé mené auprès de 306 enfants. Après douze semaines, selon cette étude, le jeu associé à deux séances mensuelles d’orthophonie s’est montré supérieur à quatre séances mensuelles d’orthophonie seules, sur le nombre de mots correctement lus en deux minutes. Sur la vitesse de lecture, il n’a pas fait moins bien. Autrement dit, ajouter le jeu a donné un meilleur résultat que doubler le temps passé avec le professionnel. Voilà pourquoi l’Assurance Maladie a suivi.

Mission de lecture de Poppins Clinical affichée sur un smartphone
Écran de résultats de Poppins Clinical sur smartphone, étoiles et pièces gagnées

Chaque mission annonce l’axe travaillé, et chaque partie se solde par un décompte.

Elle l’a fait par une porte particulière, la PECAN, pour prise en charge anticipée numérique. Ce cadre ouvre un remboursement d’un an à des solutions jugées suffisamment mûres, le temps de recueillir des données en conditions réelles d’utilisation, avant une éventuelle prise en charge pérenne. Poppins Clinical est le premier dispositif médical numérique à visée thérapeutique à l’emprunter en France. « La prise en charge de Poppins permet désormais d’ajouter, lorsque le professionnel de santé le juge pertinent, un entraînement régulier à domicile au suivi orthophonique. C’est une avancée très concrète pour les enfants et leurs familles », déclare François Vonthron, cofondateur et directeur général de Poppins.

Une histoire d’équipe

François Vonthron et Antoine Yuen, cofondateurs de Poppins, assis sur un canapé
François Vonthron et Antoine Yuen, cofondateurs de Poppins.

La société n’est pas née la semaine dernière. Fondée en 2018 et issue de l’École polytechnique, elle développe des outils de rééducation destinés aux enfants atteints de troubles du neurodéveloppement. Elle l’a mis au point avec les équipes du Pr David Cohen, à la Pitié-Salpêtrière, et du Pr Michel Habib, à La Timone, à Marseille, aux côtés de professionnels du jeu vidéo. En 2025, la revue Scientific Reports a publié des résultats sur l’effet du programme sur la lecture des enfants dyslexiques.

L'équipe de Poppins réunie dans la cour de ses bureaux
Deux salariées de Poppins devant un écran dans les bureaux de la société

Une trentaine de personnes, entre ingénieurs, soignants et professionnels du jeu vidéo.

Poppins a également construit un accompagnement des parents et une communauté, co-créée avec la Fédération Française des Dys et la MAE. Parce qu’un enfant dyslexique de 7 ans, ce sont aussi des parents qui cherchent quoi faire entre deux rendez-vous.

Informations pratiques

  • Pour qui : enfants de 7 à 11 ans, avec un diagnostic de dyslexie et un suivi orthophonique bimensuel en cours.
  • Qui prescrit : un médecin habilité à prescrire un bilan orthophonique, sans distinction de spécialité, ou un orthophoniste.
  • Durée : prescription initiale de trois mois au maximum, renouvelable après évaluation de l’intérêt de poursuivre.
  • Prise en charge : par l’Assurance Maladie depuis le 3 août 2026, dans le cadre de la PECAN, accordée pour un an.
  • Accès : après validation de la prescription, Poppins transmet à la famille les informations pour télécharger et activer l’application, avec tiers payant.
  • Rythme : cinq séances de vingt minutes par semaine, en complément de deux séances mensuelles d’orthophonie.
  • Complémentaires santé : Abeille Assurances et Allianz ouvrent un accès de trois mois à certains bénéficiaires, Groupe Pasteur Mutualité, KERIALIS, PRO BTP, Prodigeo et SAF BTP un accès de six mois, selon les critères propres à chaque organisme.

Source : Poppins

Photo : DR

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