Et si tous les mâles sur la planète disparaissaient du jour au lendemain ? Y, le dernier homme nous conte cette histoire et semble éviter les écueils de la facilité.

Le scénario, Y le dernier homme, l’histoire d’un homme et surtout de femmes

Tirée de l’excellent comics de Brian K. Vaughan et Pia Guerra, critique à lire ICI, la nouvelle série Disney+ Star décrit une apocalypse qui ne touche que les propriétaires de chromosomes XY. Ainsi, chaque mammifère sur la planète meurt subitement, sauf un homme, Yorick Brown. Dernier espoir pour sauver l’espèce humaine, il devient le centre de toutes les convoitises et espoirs.

Entre les besoins de la recherche pour découvrir pourquoi il est vivant, les besoins reproductifs d’une espèce qui risque l’extinction, notre héros n’est clairement pas le meilleur candidat à ces missions. Son caractère, ses aspirations et sa protection le mènent alors sur les routes des USA protégées par l’agent 355.

Une histoire qui pourrait faire frémir d’excitation certaines féministes. Toutefois, nous ne sommes pas ici dans l’utopie, mais ce qui se rapproche d’une vision réaliste de notre humanité.




Le rythme, une vision noire de l’humanité et pourtant pleine d’espoir

La série de 10 épisodes démarre en douceur, juste le temps de poser les différents protagonistes, une vice-présidente des États-Unis, l’agent 355, toute une série des femmes qui joueront un rôle dans l’avenir de l’humanité. Notre héros, et bien sûr Yorick Brown, n’est pas oublié et son profil n’est pas très flatteur.

Un maître de l’évasion au chômage, dont le compagnon le plus fidèle est un capucin mâle. Le profil qui pourrait inquiéter tous les parents qui verrait leur fille s’en enticher. Amoureux fou, il veut déclarer sa flamme à sa petite amie. Il n’a en rien le profil d’un héros, plus celui d’un gentil looser. Reste à savoir s’il dévoilera tout son potentiel ou rester dans une certaine médiocrité.

Ce qui est particulièrement savoureux ici, c’est la progressivité des événements. Car ces hommes morts sont des fils, des époux, des pères. À la douleur des sentiments, les survivantes se prennent en pleine face une autre réalité. Sans les ouvriers dans l’industrie, du bâtiment, des ingénieurs nucléaires, codeurs, les militaires, pilotes d’avion, conducteur de train, des secteurs où la main-d’œuvre est à majorité masculine, l’économie et la paix civile sont au sol. Les femmes en minorité dans ces secteurs vont donc s’épuiser à remplacer les disparus.

Une des qualités de ce scénario est d’éviter le manichéisme un peu simplet. Les femmes de pouvoirs ont plus de pouvoir, les besoins d’une société sont toujours là,, tout comme les problématiques économiques et sociales. La violence, l’oppression, la protection des intérêts de chacune font toujours la loi, nous ne sommes pas des grands singes pour rien. Le respect des institutions des libertés est sur le fil du rasoir, les femmes politiques sont des Républicaines et des Démocrates avant d’être des femmes. Il y’a une progressivité dans l’adaptation de cette nouvelle société, qui du chaos cherche son équilibre et à éviter l’extinction.




La technique, une adaptation talentueuse et des libertés qui (pour l’instant) ne trahissent pas le Comics

Cette série est au final assez intimiste et passé la catastrophe, elle joue la carte de l’humanité. Les femmes et l’homme, leurs émotions, leurs aspirations, dont celle d’être mères, sont réellement mis en exergue. Le basculement d’un monde n’est pas seulement une question de pouvoir et d’économie loin de là.

En cinq épisodes, la série réussit à nous emporter dans ces tempêtes émotionnelles. Attention, l’action est bien là et mise en scène avec sobriété. Le passage à un monde presque 100 % féminin ne fait que changer le sexe des protagonistes. Car notre mâle n’est vraiment pas taillé pour l’aventure. Les combats, cascades sont de bon niveau. Peu d’effets spéciaux et une réalisation qui profite d’une photographie soignée. Enfin, impossible de ne pas souligner le travaille des actrices qui on le sent mettent toutes leurs tripes.

La showrunner Eliza Clark (Extant, Animal Kingdom, The Killing) a su tirer l’essentiel d’un comics en y apportant une vitalité et une dynamique qui manquaient parfois à la BD. Les changements comparés au Comics sont nombreux, mais ceux portés par l’époque ne portent pas à conséquence. Ainsi, Beth de blonde passe à une femme noire, mais cela ne change rien à l’intrigue. Les hommes trans ne sont plus cantonnés à de simples jouets sexuels. Leur traitement émotionnel et scénaristique est bien plus profond et intéressant que dans la BD. Enfin, Yorick n’est le centre de toute la série, il y’a de nombreuses femmes qui accaparent le temps avec intelligence. Chacune exprimant une part de cette aventure.

Y le dernier homme, mon avis

Une série originale, qui explore des trames scénaristiques loin du classique, toutes les femmes disparaissent, cher à la SF. Le manichéisme ou les tendances simplistes d’un certain féminisme nord-américain sont évités. Les femmes sont faibles, fortes, solidaires, égoïstes, bref humaines. Ce qui sert une aventure qui s’annonce aussi captivante que surprenante. Les premiers épisodes survolent à peine le premier tome du Comics d’origine, ce qui laisse entrevoir une série au long court. Reste à espérer que les cinq prochains épisodes restent dans cette veine. Devez-vous regarder Y, le dernier homme, pour moi la réponse est sans aucun doute, OUI !

Infos

  • 10 épisodes de 60 minutes
  • Première diffusion sur FX on Hulu le 13 septembre 2021
  • Diffusion actuelle en France : Disney+

Photos : DR et Rafy Winterfeld/FX

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