Edward, Jack Skellington, Ed Wood, Mercredi Addams : sous des noms différents, Tim Burton aime filmer des personnalités solitaires, celles qui ne rentrent dans aucune case. Amandine Jonniaux montre comment un gamin timide de Burbank a transformé sa propre solitude en un style qui irrigue encore la pop culture.
Une spirale, des rayures noires et blanches, un manoir posé de travers au sommet d’une colline. Trois signes suffisent à reconnaître un film de Tim Burton, sans même en connaître le titre. Ce vocabulaire, Amandine Jonniaux lui consacre un ouvrage entier. Hommage à Tim Burton paraît chez Ynnis Éditions et remonte les quarante ans qui l’ont fabriqué, du garçon solitaire de Burbank au réalisateur que s’arrachent les plateformes. Un volume de la collection Hommage, où l’éditeur traite les univers pop en ouvrages illustrés.
Sommaire
Quarante ans de films, des premiers courts métrages à Mercredi
Le livre suit une trajectoire chronologique, en sept parties. Il s’ouvre sur l’enfance, les monstres en noir et blanc et les histoires que le gamin se raconte tout seul. Viennent ensuite les années CalArts, puis le passage chez Disney. Le jeune animateur s’y ennuie ferme, sur Rox et Rouky comme sur Taram et le chaudron magique.

La suite déroule la filmographie, film par film. Pee-wee’s Big Adventure lance la machine en 1985. Beetlejuice installe le désordre trois ans plus tard. Batman fait entrer le gothique dans le blockbuster, et Edward aux mains d’argent livre un autoportrait à peine masqué. Burton confiait d’ailleurs au Los Angeles Times : « Edward, c’est moi à 15 ans. » L’autrice détaille l’écriture confiée à Caroline Thompson, le refus opposé par la Warner, le tournage en Floride et cette banlieue pastel transformée en piège à ciel ouvert. Le choix de Johnny Depp, alors abonné aux rôles de beau gosse, ouvre une complicité qui durera des années.

Les échecs aussi
L’ouvrage ne s’arrête pas aux réussites. Il interroge La Planète des singes et revient sur l’équilibre manqué de Dumbo. La dernière partie traite le renouveau récent, de Frankenweenie à Beetlejuice Beetlejuice, sorti en 2024.

Mercredi y occupe une place à part. Burton signe les quatre premiers épisodes et raconte avoir pensé la série comme un film de huit heures. L’académie Nevermore devient un refuge où la différence fait la norme, terrain burtonien s’il en est. Le chapitre n’esquive pas les reproches adressés au cinéaste sur ses castings. Il glisse aussi une trouvaille. Charles Addams n’a pas baptisé son héroïne d’après le jour de la semaine, mais d’après une comptine de 1836. L’enfant du mercredi y est promis au malheur.
Hommage à Tim Burton : la grammaire d’un cinéma reconnaissable
Une partie entière quitte la chronologie pour démonter le style. Les rayures, les damiers et les spirales n’y sont pas des ornements. L’autrice les décrit comme des pièges optiques, une géométrie qui installe le malaise sans prévenir. Le costume de Beetlejuice, dessiné par Colleen Atwood, en reste l’exemple le plus voyant.

Le livre remonte aussi aux sources. Les lignes brisées viennent du Cabinet du docteur Caligari, les ombres allongées du Nosferatu de Murnau. La lumière fait le reste. Le gris anthracite du château d’Edward répond aux pastels artificiels de la banlieue, et cette opposition raconte à elle seule tout le film. Ailleurs, l’éclairage à la chandelle de Sweeney Todd transforme les visages en masques de cire.
Reste la galerie de figures, que l’ouvrage range en archétypes. L’artiste maudit d’abord, d’Edward à Ed Wood, dont les outils isolent autant qu’ils subliment. Le monstre sentimental ensuite, ces créatures grotesques qui cachent une peur de l’oubli. Le Pingouin cherche encore l’amour que ses parents lui ont refusé à la naissance, et Jack Skellington se lasse d’un royaume qui l’adore.

Un dernier chapitre sort carrément des salles. Il suit la trace de Burton dans le jeu vidéo, chez Little Nightmares, Hollow Knight ou Cult of the Lamb. Preuve que son ombre s’étend désormais bien au-delà de sa filmographie, sur des créateurs qui l’ont parfois découvert une manette à la main. Le volume se referme sur une filmographie complète et un glossaire, deux repères utiles pour combler ses trous.
Prix et disponibilité
Hommage à Tim Burton (132 pages) sera disponible le 30 septembre 2026 au prix de 19,95 euros, sur le site de la marque et chez les revendeurs partenaires.
Source : Ynnis Éditions
Photo : DR