Il aura fallu quatre-vingt-huit hivers écossais avant que le fût n°239 soit ouvert : The Balvenie 88 ans est le doyen de tous les single malts embouteillés

par LeNomade
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Le flacon The Balvenie 88 ans dans l'écrin de bronze de Daniel Arsham, sur l'orge ratissée

Sur une étiquette, douze ans d’âge passent déjà pour de la patience, et dix-huit pour du luxe. The Balvenie 88 ans ne joue pas dans cette catégorie : il est entré en fût avant la guerre et n’en est ressorti qu’en 2019. Que reste-t-il d’un whisky après quatre-vingt-huit ans de sommeil ?

Le 5 mars 1931, un artisan de la distillerie The Balvenie, à Dufftown dans le Speyside écossais, verse un whisky tout juste distillé dans un fût de chêne européen qui avait porté du xérès à Jerez, en Andalousie, et que les registres de la maison numérotent 239. Il restera scellé quatre-vingt-huit ans. Plusieurs générations d’artisans et de maîtres de chai passeront devant lui avant que Kelsey McKechnie, qui tient aujourd’hui cette charge, ne le goûte un matin de 2019 et juge qu’il a atteint son sommet. Ce flacon a désormais un nom, The Balvenie 88 ans.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.

The Balvenie 88 ans : quatre-vingt-huit années dans le fût n°239

Dix-sept flacons. Voilà tout ce que le fût n°239 a rendu quand sa maître de chai l’a fait mettre en bouteille. Un seul fût, donc un single cask : le whisky n’y connaît aucun assemblage et ne doit son caractère qu’au bois qui l’a gardé. Sept ans plus tard, la distillerie le montre enfin au monde.

1931, l’année où la distillerie parie sur le maltage

L’année 1931 ne doit rien au hasard dans cette histoire. L’industrie du whisky traverse alors une passe difficile et les fermetures se multiplient. The Balvenie, elle, investit. La distillerie ouvre son aire de maltage traditionnelle, ce vaste sol où l’orge germe en couche épaisse avant d’être retournée à la pelle, jour après jour.

L'aire de maltage traditionnelle de la distillerie The Balvenie, l'orge étalée entre les piliers
L’aire de maltage ouverte en 1931, toujours en service.

Ce choix façonne le caractère doux et miellé auquel la maison doit sa signature. Il donne aussi à ses artisans un endroit où transmettre leur savoir-faire, génération après génération. Le fût n°239 se remplit la même année. Autrement dit, le whisky qui y dort et l’atelier qui fait encore la réputation de la distillerie ont exactement le même âge.

Daniel Arsham accroupi sur l'aire de maltage de The Balvenie, la main dans l'orge
L'orge maltée coule entre les mains de Daniel Arsham dans l'aire de maltage

Daniel Arsham sur l’aire de maltage de Dufftown.

The Balvenie se présente comme la seule distillerie à pratiquer encore les cinq métiers rares du whisky écossais. L’orge pousse sur ses terres, et la cinquième génération de la famille Wiseman la récolte. Ses alambics de cuivre gardent leur forme particulière. Sa tonnellerie, installée sur le site, répare les fûts qui donneront au whisky une bonne part de son caractère.

Le record que le Macallan et le Glenlivet détenaient

Quatre-vingt-huit ans en fût tiennent de l’exploit de conservation autant que de la patience. Chaque année, la part des anges emporte un peu du contenu et fait baisser le degré. Sous 40 %, la loi écossaise retire au liquide le droit de s’appeler whisky. Celui-ci en sort à 43,2 %, un chiffre relevé par la presse spécialisée. La marge était mince.

Un verre de dégustation The Balvenie tenu en lumière devant Daniel Arsham

Depuis deux ans, le titre de plus vieux single malt jamais commercialisé changeait de mains à vive allure : un Macallan de 84 ans en 2024, puis un Glenlivet de 85 ans embouteillé par Gordon & MacPhail en 2025. The Balvenie 88 ans les dépasse tous les deux.

Kelsey McKechnie raconte ce matin de 2019 sans emphase. Elle décrit un whisky qui avait « atteint le seuil de perfection », et confie l’avoir discrètement fait mettre en bouteille avant de le garder précieusement.

L’écrin de Daniel Arsham enchâsse un morceau d’alambic

Pour donner une forme à tout ce temps, la maison a confié le flacon à Daniel Arsham, artiste américain dont le travail tourne autour de l’érosion, de la mémoire et des objets que les siècles rongent. Difficile de trouver plus juste pour un whisky qui a traversé une époque entière dans le noir. Arsham a imaginé une relique. Huit couches de bronze patiné composent la façade de l’œuvre, dans ce vert-de-gris que prend le cuivre en vieillissant à l’air libre. Au dos, 88 couches de chêne, une pour chaque année passée en fût. Au centre, un disque de cuivre découpé dans un ancien alambic de la distillerie.

Kelsey McKechnie et Daniel Arsham dans le chai de The Balvenie devant un fût signé
Dans les chais de Dufftown, devant un fût marqué du monogramme de l’artiste.

Le métal qui tient le milieu de la pièce a donc réellement distillé du whisky à Dufftown. Un fragment de l’atelier entre dans l’objet qui abrite le flacon, et le symbole cesse d’en être un. La maison n’en est pas à sa première rencontre de ce genre. Samuel Ross et Mathieu Forget l’ont précédée. À chaque fois, la distillerie va chercher des créateurs qui travaillent la matière et la durée, deux choses qu’elle connaît plutôt bien.

Le 12 ans d’âge, la seule porte ouverte

Dix-sept flacons, cela laisse peu de chances au commun des amateurs. C’est là qu’intervient The 1931 Collection 12 ans d’âge, la seule expression que vous trouverez en France.

La bouteille et le coffret de The 1931 Collection 12 ans posés sur l'orge maltée
The 1931 Collection 12 ans d’âge, la seule expression distribuée en France.

Kelsey McKechnie l’a construite dans le prolongement de son aînée. L’orge est maltée à 100 % sur le sol de la distillerie, comme celle de 1931. Le whisky vieillit d’abord en chêne américain, puis termine son affinage dans des fûts de xérès en chêne européen venus de la même région de Jerez que le n°239. La filiation n’est pas un argument de vente, elle est dans le bois.

La maison décrit un nez de biscuit chaud, de toffee crémeux, de gingembre délicat et de chêne aromatique. En bouche, elle annonce du sucre d’orge, du gingembre cristallisé, du raisin et une richesse épicée, avant une finale qu’elle dit veloutée et ronde. De quoi entrer dans cette histoire sans y laisser un patrimoine.

La bouteille The Balvenie 12 ans et son coffret cuivré signé Daniel Arsham
Le coffret du 12 ans, du cuivre au vert-de-gris, signé Daniel Arsham

Le coffret passe du cuivre au vert-de-gris, comme les huit couches de la sculpture.

Arsham a signé le tube qui l’accompagne et l’a relié à la sculpture du 88 ans. L’extérieur, fortement texturé, passe progressivement d’un ton cuivré à un vert qui émerge, le même vert-de-gris que les huit couches de l’œuvre. À l’intérieur, une matière texturée couleur cuivre rappelle celle de la distillerie. Une troisième expression existe, un 15 ans d’âge, mais elle reste réservée aux boutiques duty free.

Prix et disponibilité

La collection est disponible à partir de 110 €, sur le site de la marque et chez les revendeurs partenaires.

  • 12 ans d’âge (47,5°), 110 € la bouteille de 70 cl
  • 88 ans, 17 exemplaires dans le monde, prix sur demande
  • 15 ans d’âge, réservé aux boutiques duty free

Source : thebalvenie.com

Photo : DR

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