Parmi les candidats extraterrestres à l’entrée sur Terre, certains veulent la détruire, et seules vos questions et votre perspicacité peuvent les démasquer.

par Damdou
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Visuel officiel de Donutal : le logo et les candidats extraterrestres devant le port spatial

Vous avez aimé tamponner des passeports dans Papers, Please ? Donutal range le tampon et ne vous laisse que la conversation pour trier les candidats, du yéti qui rêve de chair humaine au calmar qui pense plus vite qu’il ne parle. Un régal pour qui aime recouper les indices, mais qui se mérite : le jeu est exigeant, et entièrement en anglais.

L’avis de Damdou
Note : 6,7/10
Pour
  • Une écriture savoureuse et des personnages pleins de personnalité
  • Un univers vivant où chaque décision a des conséquences dans le journal
  • Une ambiance et un mystère (la simulation) qui accrochent vraiment
  • Une bande-son excellente, avec des classiques réarrangés
Contre
  • Disponible uniquement en anglais, un vrai frein vu que le jeu est très verbeux
  • Exigeant et fatigant, difficile d'enchaîner les parties
  • Pas la précision mécanique d'un Papers, Please, très porté sur le narratif


Arc System Works, on connaît surtout le studio pour Guilty Gear, BlazBlue et ses jeux de combat au style inimitable. Alors quand la firme japonaise débarque avec Donutal, une aventure narrative où j’incarne un inspecteur chargé de trier les extraterrestres candidats à l’entrée sur Terre, forcément, ça a piqué ma curiosité. Sorti le 3 septembre 2026 sur PC via Steam, Donutal assume pleinement sa filiation avec Papers, Please, le classique de Lucas Pope, tout en cherchant à s’en démarquer par une approche entièrement tournée vers le dialogue. Et sur ce terrain, l’idée m’a tout de suite intrigué.

Fiche technique
Donutal
Arc System Works
9,99 €
Plateformes
PC
Genre
Aventure narrative
Joueurs
1
PEGI
NC
Mode de jeu
Solo
Plateformes
PC
Genre
Aventure narrative
Joueurs
1
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Nous jouons sur une version fournie par l’éditeur, ou achetée par nos soins, et nous le précisons toujours en tête d’article. Sur PC, nous testons sur une machine haut de gamme, puis nous vérifions le comportement sur la configuration recommandée par l’éditeur. Côté salon, nous jouons sur PlayStation 5 en modes Performance et Fidélité, sur Xbox Series X dans les mêmes conditions, puis sur Nintendo Switch et Switch 2. Le son passe par un kit 2.1, un kit 5.1 et un casque 5.1.

Nous jugeons d’abord l’écriture, la profondeur des personnages et le rythme du récit. Vient ensuite la jouabilité, avec ses mécaniques, sa courbe de progression et l’ergonomie de ses menus. Nous séparons volontairement la direction artistique des graphismes : un jeu peut être techniquement modeste et visuellement superbe. La bande-son, le doublage et le sound design ont leur propre note. La partie technique juge enfin le rendu, l’animation, la fluidité, les temps de chargement et les bugs rencontrés.

Neuf critères reçoivent chacun leur note, et la note globale en est la moyenne simple, sans pondération. Vous y trouverez un critère que peu de sites osent isoler : le fun. Une jouabilité irréprochable peut profondément ennuyer, quand un système bancal enthousiasme cinquante heures durant. Nous notons donc séparément ce qui fonctionne et ce qui donne envie de relancer une partie.

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Ce test a été réalisé à partir d’une version fournie par Arc System Works.

Sommaire

Donutal, un Papers Please spatial où la parole est votre seule arme

Je me réveille d’un cryosommeil de 150 ans, sans le moindre souvenir de qui j’étais, pour me retrouver propulsé en l’an 2206, criblé d’une dette dont je n’ai aucune mémoire, l’équivalent d’environ 10 millions de yens. Tant que je ne l’ai pas remboursée, impossible de rentrer sur Terre, me voilà donc assigné à résidence dans l’espace. Pour m’acquitter de mon dû, je suis nommé « Conseiller extraterrestre en chef » à bord d’un port spatial international bâti sur les ruines de l’ancienne Station spatiale internationale. Mon boulot, filtrer les aliens qui souhaitent poser le pied sur Terre.

Une silhouette extraterrestre aux gros yeux derrière un hublot givré, au sortir du cryosommeil
Le réveil, après 150 ans de cryosommeil.

Et le contexte a son importance. En 2206, la Terre est au bord de l’effondrement et n’a d’autre choix que de compter sur les extraterrestres pour survivre, le savoir et les compétences de l’humanité ayant, semble-t-il, largement régressé. Le titre lui-même raconte quelque chose de cet univers, « Donutal » est un mot-valise formé de « Donut » et « Global », qui symbolise l’interconnexion de toutes les planètes dans un cosmos que l’on imagine ici en forme de donut. Un détail anecdotique en apparence, mais qui participe à cette impression d’univers pensé de bout en bout.

Là où Papers, Please reposait sur la vérification de documents et un règlement qui se complexifie de jour en jour, Donutal balaie tout ça. Ici, pas de paperasse ni de tampon, la conversation est littéralement le seul outil dont je dispose. J’écoute, je recoupe, j’interprète, et je décide qui entre, qui repart, et qui finit « ventilé », comprenez éjecté sans ménagement dans l’espace en plein entretien, une sanction expéditive et loin d’être anodine. Ce basculement du procédural vers le déductif change complètement la nature de l’expérience, et c’est ce qui fait tout le sel du titre.

Salle d'interrogatoire en alerte rouge, la commande d'éjection allumée sur la console
Le bouton d’éjection, une sanction expéditive.

Scénario et écriture de Donutal, notre avis

Donutal est avant tout un jeu d’écriture, une sorte de visual novel augmenté de mécaniques d’enquête. Et sur ce terrain, il m’a conquis. J’ai vraiment aimé le titre, et une bonne partie de mon plaisir vient des personnages, que j’ai trouvés sympas, bien écrits et au design soigné. L’écriture est de qualité, jonglant en permanence entre humour décalé et sérieux. DOLPHIN, l’androïde assistant sympathique dont le modèle humain reste un mystère, en est un bon exemple.

Là où le jeu m’a vraiment scotché, c’est avec son journal. Chaque journée s’ouvre sur sa lecture, et ce n’est pas un simple bilan de mes décisions de la veille. On y suit la météo des grandes villes du monde, une « alarme d’effondrement » qui décompte le temps restant avant que la Terre ne sombre, et un score de la planète régulièrement jaugé par les autres civilisations du cosmos. Les articles, eux, étoffent le lore, dessinent les tensions entre espèces et racontent l’état du monde, donnant l’impression que tout continue de tourner en dehors de mon guichet. Surtout, mes propres verdicts y trouvent un écho concret, l’alien que j’ai éjecté fait la une et déclenche l’indignation des groupes de défense des droits extraterrestres, un candidat refusé refait surface dans un fait divers à l’autre bout de la galaxie. Résultat, l’univers semble réel, vivant, cohérent. C’est ce petit truc en plus qui m’a retenu à l’écran entre deux entretiens.

Le journal du port spatial de Donutal, avec la météo, l'alarme d'effondrement et le score de la Terre
Chaque journée s’ouvre sur le journal du port spatial.

Et le jeu ménage un mystère plus retors qu’il n’y paraît. Il m’est arrivé de commettre une erreur lors d’un entretien, avec pour conséquence la destruction pure et simple de la Terre. Sauf qu’au lieu d’un écran de game over, je me suis réveillé comme si rien ne s’était passé, prêt à reprendre mon poste. De quoi laisser planer un doute que le personnage formule lui-même dans ses notes, tout ceci n’est-il qu’une simulation ? Cette petite graine de doute, jamais lourdement soulignée, donne une couleur particulière à l’ensemble et pousse à continuer pour comprendre ce qui se trame réellement.

La Terre en flammes, en train de se désagréger dans l'espace
Une erreur d’entretien, et la Terre vole en éclats.

Reste un gros bémol pour le public francophone, l’écriture n’est disponible qu’en anglais. Et c’est un frein de taille quand on sait à quel point le jeu est verbeux. Même en maîtrisant assez bien la langue de Shakespeare, j’ai eu quelques moments où il a fallu aller chercher un mot dans le dictionnaire. Rien qui n’entache réellement le plaisir de jeu, mais c’est un point à avoir en tête avant de se lancer si l’anglais n’est pas votre tasse de thé.

La jouabilité de Donutal, ce qu’il faut savoir

Le cœur du jeu, c’est le système d’entretien de groupe. J’examine des groupes pouvant aller jusqu’à huit aliens, en analysant les informations collectives pour repérer des schémas, des incohérences ou des signaux d’alerte. Je peux ensuite convoquer jusqu’à deux aliens simultanément dans la salle d’interrogatoire, et c’est souvent l’interaction entre eux qui fait ressortir les informations cachées.

Entretien à deux dans Donutal : un yéti et une pieuvre jaune derrière le hublot de la salle d'interrogatoire
Deux candidats convoqués ensemble, et leurs réponses changent.

Cette mécanique de « chimie » entre les personnages est le vrai truc malin du jeu. Selon qui se trouve à côté de qui (des amants, des inconnus, des espèces rivales), les réponses d’un candidat peuvent changer du tout au tout, révélant contradictions et non-dits.

Et c’est là que l’écriture fait des merveilles, parce que chaque alien apporte son grain de sel, son dilemme, sa manière de fausser les cartes. Prenez ce yéti qui veut venir sur Terre pour goûter de la viande humaine. Non pas qu’il compte chasser qui que ce soit, il m’explique qu’il existe là-bas un restaurant réputé qui sert justement de la chair humaine aux aliens de passage. Difficile de le laisser entrer, forcément. Sauf que le bougre me retourne le cerveau avec une question qui fait mouche, vous les humains, vous aimez vos animaux que vous élevez comme des membres de la famille, et ça ne vous empêche pas de les manger, alors quelle différence avec moi qui veux juste goûter de l’humain, on m’a dit que c’était délicieux. Voilà typiquement le genre de moment où le jeu te pousse à réfléchir bien au-delà du simple « oui ou non ». Et le plus savoureux, c’est de retrouver ce même yéti quelques jours plus tard dans le journal, furieux d’avoir été recalé après avoir déjà réservé son repas, et balançant sur les réseaux le réseau de trafiquants qui alimentait le fameux restaurant. Preuve que mes décisions vivent bien au-delà du guichet.

Écran du verdict : les candidats répartis entre acceptation et refus
Le verdict, candidat par candidat.

Autre exemple savoureux, ce squid dont l’esprit va tellement vite que ses pensées dépassent sa bouche, si bien qu’il escamote des morceaux de phrases et qu’il faut recomposer soi-même ce qu’il essaie de dire. Ou encore cet alien tout bonnement incapable de mentir, ce qui ouvre d’autres possibilités de recoupement. Il faut donc en permanence jouer avec tout ce beau monde, tourner la question dans tous les sens, vérifier les informations, les entrecouper, croiser ce que dit l’un avec ce que trahit l’autre. Le jeu s’amuse à détourner quelques codes, et oui, ça peut être fatigant, mais c’est tellement gratifiant quand on parvient enfin à démêler le vrai du faux et à faire les bons choix.

Il faut cependant être clair sur une chose, Donutal n’offre pas la précision mécanique de Papers, Please. Il n’y a pas de « bonne réponse » évidente à cocher, tout repose sur ma capacité à lire des indices comportementaux que j’ai appris à reconnaître au fil de plusieurs parties. On est ici sur une expérience narrative avant tout, plus proche du visual novel que du jeu de gestion pur et dur, et il faut avoir envie de se prêter à ce jeu de la déduction et de la conversation pour vraiment y trouver son compte.

La technique et la direction artistique de Donutal

Visuellement, Donutal mise sur une direction artistique stylisée et un casting d’aliens haut en couleur qui contribue énormément à l’identité du titre. Le design des personnages est soigné et plein de personnalité.

Une petite pieuvre dans un scaphandre à bulle salue le joueur au diner du port spatial
Une direction artistique haute en couleur, jusque dans le diner du port spatial.

Un mot, enfin, sur la bande-son, parce qu’elle sert vraiment bien le jeu. Présentes et agréables à écouter, les musiques ne viennent jamais troubler la réflexion, ce qui n’est pas rien pour un titre qui repose autant sur la concentration. Certaines ont même un petit côté lancinant qui n’est pas sans rappeler la vibe d’un Balatro, et l’on croise ici et là des classiques réarrangés pour coller à la direction artistique du jeu, le Nocturne n°2 de Chopin relooké en version rétro-futuriste et posée pour la salle d’inspection, et même l’intégralité de la suite Les Planètes de Holst, de Mars à Neptune, retravaillée pour l’occasion. C’est franchement plaisant, au point qu’il est fort probable que je relance l’OST pour accompagner mes après-midis de rédaction dans la vraie vie.

Conclusion, prix et disponibilité de Donutal

Donutal est disponible au prix de 9,99 € sur PC, via Steam. Les joueurs qui l’achètent avant le 30 novembre 2026 reçoivent gratuitement la bande originale du jeu, composée de 13 morceaux.

FAQ TOUT SAVOIR SUR LE DONUTAL

Captures : Damdou

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