Fire Emblem: Fortune’s Weave me prouve qu’une saga de référence peut se réinventer, devenir plus explosive et généreuse, sans se trahir.

par Yaz
Publié : Dernière mise à jour le 5 minutes Lire
Theodora tend le bras sous un ciel doré dans Fire Emblem: Fortune's Weave

Si Three Houses vous a tenu éveillé des nuits entières, Fire Emblem: Fortune’s Weave vous promet bien davantage. La même exigence tactique, mais des champs de bataille qui s’embrasent sous les pouvoirs des héros, et une aventure d’une ampleur inédite.

L’avis de Yaz
Note : 8,9/10
Pour
  • Des batailles tactiques très riches
  • Quatre héros à alterner librement
  • Des capacités ardentes risquées
  • Un retour dans le temps bien dosé
  • Un casting généreux et attachant
  • Une durée de vie gargantuesque
  • Une bande-son excellente
Contre
  • Des tutoriels interminables
  • Un calendrier parfois routinier
  • Des donjons répétitifs
  • Des combats rapides sans saveur
  • Une deuxième partie moins constante
  • Une mort permanente sans poids narratif
  • Des décors parfois vides
  • Pas de doublage français


Je prépare mes unités, je change de héros, je tisse des liens, puis une seule bataille de Fire Emblem: Fortune’s Weave engloutit une soirée entière. Sur Switch 2, Intelligent Systems pousse sa saga tactique jusqu’à la démesure. Rien d’un épisode de transition, donc. Le jeu reprend l’ambition de Fire Emblem: Three Houses, sorti en 2019 sur Switch, et l’étend à quatre routes parallèles. Il y ajoute une carte plus vaste, des donjons, des bénédictions divines et une gestion du temps encore plus dense. Le résultat impressionne vite, mais cette générosité peut-elle se vivre sans lourdeur ?

Fiche technique
Fire Emblem: Fortune's Weave
Nintendo
69,99 €
Plateformes
Switch 2
Genre
RPG tactique
Joueurs
1
PEGI
12
Mode de jeu
Solo
Plateformes
Switch 2
Genre
RPG tactique
Joueurs
1
Comment sont testés les jeux vidéo sur NomadeUrbain.fr ?

Nous jouons sur une version fournie par l’éditeur, ou achetée par nos soins, et nous le précisons toujours en tête d’article. Sur PC, nous testons sur une machine haut de gamme, puis nous vérifions le comportement sur la configuration recommandée par l’éditeur. Côté salon, nous jouons sur PlayStation 5 en modes Performance et Fidélité, sur Xbox Series X dans les mêmes conditions, puis sur Nintendo Switch et Switch 2. Le son passe par un kit 2.1, un kit 5.1 et un casque 5.1.

Nous jugeons d’abord l’écriture, la profondeur des personnages et le rythme du récit. Vient ensuite la jouabilité, avec ses mécaniques, sa courbe de progression et l’ergonomie de ses menus. Nous séparons volontairement la direction artistique des graphismes : un jeu peut être techniquement modeste et visuellement superbe. La bande-son, le doublage et le sound design ont leur propre note. La partie technique juge enfin le rendu, l’animation, la fluidité, les temps de chargement et les bugs rencontrés.

Neuf critères reçoivent chacun leur note, et la note globale en est la moyenne simple, sans pondération. Vous y trouverez un critère que peu de sites osent isoler : le fun. Une jouabilité irréprochable peut profondément ennuyer, quand un système bancal enthousiasme cinquante heures durant. Nous notons donc séparément ce qui fonctionne et ce qui donne envie de relancer une partie.

Découvrir notre protocole de test des jeux vidéo

Ce test a été réalisé sur une version Nintendo Switch 2 envoyée par Nintendo.

Scénario et écriture de Fire Emblem: Fortune’s Weave : quatre routes pour défier le destin

Fire Emblem: Fortune’s Weave se déroule à Dagda, terre voisine de Fódlan, le continent de Three Houses. En 1454 du calendrier dagdan, l’Empire dagdan vacille face au retour de Balor, un dieu démon capable de ravager le pays. Sothis, la déesse de Three Houses, confie alors une mission au Héraut du Corbeau Pâle. C’est le héros que j’incarne, homme ou femme au choix, baptisé Eshmel par défaut. Fortuna, la déesse qui tisse les destinées, lui prête alors son pouvoir sur le temps.

Une armée de silhouettes géantes avance dans une lumière rouge
Une silhouette ailée et lumineuse fait face à une armée sous un ciel rouge
Une guerre que le temps permet de remodeler.

Le cœur du récit remonte cinq ans plus tôt, en 1449, pendant les Jeux Héroïques de Dagsion, la capitale du royaume. Ce tournoi promet d’exaucer le vœu de son vainqueur, et quatre héros y entrent avec leurs propres raisons. Cai veut sauver son père emprisonné, tandis que Dietrich cherche surtout des adversaires dignes de son obsession du duel. Theodora, reine de Saramis, défend une vision politique et religieuse. Leda, enfin, avance avec une soif de vengeance qui la rend plus fragile qu’elle ne veut l’admettre.

Les héros de Fire Emblem: Fortune's Weave réunis au pied d'un escalier de temple
Quatre héros, quatre routes, une même guerre.

La bonne idée tient à la liberté de passer d’une route à l’autre, quand Three Houses enfermait le joueur dans la maison qu’il avait choisie. Je peux suivre Cai, passer à Theodora, revenir à Dietrich ou avancer avec Leda, selon mes envies. Un mystérieux oiseau, relais entre les trajectoires, m’ouvre les passages de l’une à l’autre.

Une fresque à reconstituer, héros après héros

La guerre y gagne en souplesse : au lieu de choisir un camp pour abandonner les autres, je reconstitue peu à peu une fresque plus large.

Cai et une jeune femme scrutent l'horizon depuis un échafaudage, près d'une arène
Cai, l’un des quatre héros que je peux suivre à tout moment.

Chacun des quatre héros a aussi ses propres occupations. Cai cultive des champs et capture des montures, Theodora recrute des escouades, Leda donne des représentations dans les villes, et Dietrich traque des combattants puissants. Loin d’être de simples mini-jeux décoratifs, ces activités donnent une couleur à chaque route. Elles disent ce que chaque héros cherche à construire, à réparer ou à dominer.

Trois parties inégales, des héros plus forts que la menace finale

Le récit se divise en trois grandes parties. La première, centrée sur les Jeux Héroïques, est la plus forte. Elle présente les héros, leurs rivalités, leurs ambitions et les premières fractures de Dagda. Vient ensuite une deuxième partie plus guerrière, plus linéaire, et parfois répétitive selon les routes. La troisième fait converger les enjeux et ajoute de nouvelles mécaniques, mais elle perd par moments la tension intime des débuts.

Dietrich oppose une lame incandescente à un combattant aux cheveux verts
Un homme en armure dorée et une femme couronnée assis à la lueur d'une bougie
Les conversations de soutien creusent les liens entre combattants.

Les personnages portent mieux l’aventure que la grande menace finale. Balor donne un cap clair, mais ce sont les dilemmes personnels, les choix de route et les conversations de soutien qui m’ont le plus accroché. Ces dialogues, qui rapprochent deux combattants au fil des batailles, dévoilent leurs peurs, leurs fidélités, leurs blessures sociales et leurs contradictions. Certains échanges s’étirent trop en longueur, mais beaucoup m’ont donné envie de protéger une unité au-delà de ses statistiques. Que voulez-vous, je m’attache vite !

Jouabilité de Fire Emblem: Fortune’s Weave : une machine tactique riche, parfois écrasante

Fire Emblem: Fortune’s Weave reste un RPG tactique. Ce genre mêle jeu de rôle et batailles sur une carte quadrillée. Chaque unité y avance case par case avant d’attaquer, de soigner, de protéger ou d’utiliser une capacité. Le placement reste la base de tout. Une forêt augmente l’esquive, une unité volante craint les archers, un mage doit fuir le corps-à-corps, et un cavalier mal engagé se fait encercler très vite.

Vue en surplomb d'une carte tactique, unités réparties entre murets et arbres
Zone de déplacement en bleu et cases d'attaque en rouge sur une carte de ruines
Chaque unité avance case par case.

La série garde aussi sa mort permanente : une unité tombée au combat ne revient pas. Son poids reste réel en tactique, puisque perdre un personnage prive l’équipe de sa classe, de ses soutiens et de ses compétences. Certains personnages majeurs continuent pourtant d’exister dans le récit après leur disparition des batailles. Le drame paraît donc moins brutal que dans les épisodes les plus impitoyables.

Jouer avec le feu, et avec le temps

La grande nouveauté tactique vient des capacités ardentes. Ces pouvoirs naissent des Trésors de Drake, des armes et des objets anciens attachés à chaque héros. Ils coûtent des points de vie et remplissent une jauge ardente. Cai frappe à distance avec des flammes, et Theodora projette des rochers. Leda renforce ses alliés ou invoque des monstres, tandis que Dietrich se téléporte ou paralyse une cible. À 50 %, l’unité entre en embrasement et gagne des bonus ; à 100 %, la surchauffe lui inflige des malus.

Dietrich frappe un loup d'un trait de flamme sur une plage
Un musicien entouré d'une aura violette joue au centre d'une arène
Chaque héros dispose de ses propres pouvoirs.

Ce système fonctionne très bien, parce qu’il force à prendre un risque clair. Utiliser un pouvoir trop tôt peut exposer une unité, alors qu’attendre trop longtemps peut gâcher une ouverture. Les meilleures batailles deviennent ainsi une suite de calculs tendus. Je sacrifie un peu de vie, je brise un bouclier ennemi et je prépare une attaque combinée, tout en évitant la surchauffe au mauvais moment. Les bénédictions divines ajoutent une autre couche. Fortuna permet de remonter le temps, coup par coup, pour corriger une erreur, et d’autres divinités apportent des effets tactiques qui grandissent avec leur niveau. Le sable céleste, une ressource limitée, encadre leur emploi dans les modes exigeants. En mode normal, le retour dans le temps paraît trop confortable, alors qu’en difficile, chaque usage devient bien plus risqué.

Une armée à façonner, des colosses à abattre

La personnalisation est énorme. Classes, maîtrise des armes, soutiens, équipements, bénédictions, montures, escouades, armes spéciales et unités recrutables laissent une marge considérable. Il y a largement de quoi passer des heures à composer une équipe avant même d’engager une bataille. Les ennemis massifs offrent de beaux pics d’adrénalines tactiques. Ces adversaires occupent quatre cases, protègent plusieurs zones de leur corps et obligent à briser leurs boucliers avant d’ouvrir une vraie brèche. Ils rompent le rythme des duels classiques. Il faut alors répartir les rôles entre les unités qui attirent, celles qui encaissent, celles qui affaiblissent et celles qui frappent fort.

Quand la démesure pèse sur le rythme

Cette richesse peut aussi écraser. Les tutoriels s’empilent longtemps, et les menus demandent de la patience. Le calendrier ajoute ses repas, ses entraînements, ses recrutements, ses achats, ses quêtes, son temps libre et ses soutiens. J’aime préparer une armée, beaucoup moins sentir la routine prendre le dessus entre deux batailles importantes.

Cai traverse en courant une place commerçante animée, sous le soleil
Entre deux batailles, le calendrier remplit les journées.

Les donjons illustrent cette ambition pas toujours maîtrisée. Grottes, ruines ou labyrinthes en 3D, ils se parcourent avec un groupe réduit, entre coffres, matériaux et ennemis visibles. Les combats s’y rapprochent d’un RPG classique, avec des points d’enchaînement et des points de vie communs au groupe. L’idée apporte une respiration, mais les environnements se répètent vite, et ces phases n’ont pas la force des vraies cartes tactiques.

Une héroïne ouvre un coffre lumineux au fond d'une grotte
Dans les donjons, coffres et matériaux attendent un groupe réduit.

Les combats rapides posent le même problème. Pensés comme une activité plus courte, ils deviennent vite moins intéressants que les grandes batailles. Fortune’s Weave reste meilleur quand il assume son cœur de metier. Il lui suffit d’une carte bien construite, d’objectifs clairs et d’unités fragiles pour qu’une erreur reste possible jusqu’à la victoire, arrachée au dernier déplacement. En prenant mon temps, j’ai mis 50 à 60 heures pour mener une route à bien. Explorer l’univers et toutes les missions demande de dépasser les 100 à 120 heures, et il reste possible d’aller bien au-delà. C’est gargantuesque. Les stratèges patients vont se régaler, tandis que les joueurs qui veulent une campagne resserrée risquent de s’essouffler.

Technique de Fire Emblem: Fortune’s Weave : un vrai pas en avant, pas encore une vitrine

Développé par Intelligent Systems, Fire Emblem: Fortune’s Weave fait un vrai pas en avant pour la série. Je l’ai joué en salon comme en mode portable. Les cinématiques gagnent en ampleur, les animations de combat en présence, les modèles principaux en finesse et les menus en netteté. Capacités ardentes, attaques spéciales et affrontements contre les ennemis massifs offrent une mise en scène plus spectaculaire que dans les épisodes précédents.

Une femme aux cheveux sombres, parée de bijoux dorés, devant une tenture rouge
Une combattante aux cheveux bleus croise le fer dans l'arène
Les animations de combat ont plus de présence.

La direction artistique change de ton. Dagda affiche des couleurs plus méditerranéennes, antiques et solaires que Fódlan. Dagsion, les terres de Saramis, les champs, les temples, les arènes et les zones de guerre donnent une identité claire au pays. Ce choix évite la simple redite de Three Houses, même si l’ombre de cet épisode plane partout.

Un homme couronné aux cheveux blonds tend la main devant des colonnes de temple
Des spectateurs dominent une arène éclairée de flambeaux
Les arènes de Dagsion accueillent les Jeux Héroïques.

Les batailles se comprennent d’un coup d’œil. Déplacements, zones d’attaque, bonus de terrain, prévisions de dégâts et risques de contre-attaque s’affichent clairement. Les grandes cartes offrent en outre assez de relief pour nourrir les décisions. Plutôt que d’aligner des ennemis, le jeu joue avec les hauteurs, les renforts, les objectifs annexes et les menaces de zone.

Une finition encore inégale

Tout n’est pas au même niveau. Certains décors paraissent vides, et les zones de transition manquent parfois de vie. Quelques animations hors combat gardent une raideur héritée des épisodes précédents. Les dialogues restent aussi souvent mis en scène de façon statique, personnages face caméra, avec des échanges très longs. La Switch 2 apporte plus de confort, mais le jeu ne devient pas une claque technique permanente. La fluidité reste agréable, même si j’ai regretté l’absence de 60 images par seconde. Pour un RPG tactique, ce manque n’a rien de dramatique. La clarté des informations et la réactivité des menus comptent davantage que la vitesse pure. Pour une exclusivité Switch 2 de cette envergure, j’aurais tout de même aimé sentir un écart plus net avec la génération précédente.

Une musique qui porte Dagda, sans voix françaises

La musique compte en revanche parmi les grandes réussites du jeu. Elle varie selon les campagnes, accompagne bien les héros et soutient les longues batailles sans lasser. Les thèmes guerriers, les morceaux solennels et les mélodies propres aux personnages donnent de l’épaisseur à Dagda. Le doublage existe en japonais et en anglais, mais pas en français. Les textes français font le travail, même si une version doublée aurait eu du sens dans une aventure aussi bavarde.

Deux personnages en armure rose se font face dans la pénombre
Les musiques accompagnent les héros sans lasser.

Les bruitages remplissent bien leur rôle. Coups d’épée, sorts, flèches, montures, capacités ardentes et attaques massives renvoient des retours nets. Rien ne cherche à voler la vedette, et l’ensemble accompagne le rythme tactique avec assez de relief pour rendre les grosses actions satisfaisantes.

L’édition collector de Fire Emblem: Fortune’s Weave : la Collection dagdanienne

Vendue 109,99 euros sur la boutique de Nintendo, la Collection dagdanienne contient le jeu sur cartouche, un boîtier SteelBook et des cartes illustrées à l’effigie des quatre héros..

Le contenu de la Collection dagdanienne de Fire Emblem: Fortune's Weave, coffret, affiche, cartes et recueil
La Collection dagdanienne, d’après le visuel de Nintendo.

S’y ajoutent une affiche au format A1, qui reproduit la carte de Dagda, et un recueil d’illustrations, L’art de Fire Emblem: Fortune’s Weave.

Conclusion, prix et disponibilité de Fire Emblem: Fortune’s Weave

Fire Emblem: Fortune’s Weave est disponible sur Nintendo Switch 2, au prix de 69,99 euros, sur le site de l’éditeur et chez les revendeurs partenaires.

Images : DR

Liens affiliés : Nomade Urbain peut percevoir une commission après certains achats, sans coût supplémentaire pour vous. Notre sélection, nos tests et nos notes restent indépendants. En savoir plus.

Vous aimerez aussi

Laissez un commentaire